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Jean-Guy

Yves Laneville, 23 février 1993





Il s'appelait Jean-Guy, on en était fier au village
Il était beau en première page du journal La Presse du samedi

Un homme comme il ne s'en fait plus,
Un athlète comme on n'en voit guère.
Près d'lui Louis Cyr aurait eu l'air
D'un pauvre petit farfelu.

Il tirait des charrettes à boeufs, il n'avait peur d'aucun labeur
Se complaisant dans la sueur, et travaillant toujours pours deux

Il a déplacé des montagnes, il a couru des marathons
Il a couru bien des jupons, c'était un héros, pas un moine

Sa mère disait en l'implorant:
«Mon p'tit Jean-Guy soit donc prudent.
Tu n'aura pas toujours vingt ans,
Ton pire ennemi sera le temps,
Le temps»

Le temps passa, Jean-Guy s'usa, il perdit sa place au journal
Il était dev'nu trop banal, et au village on l'oublia

Il a passé ses quarante ans de bursites en periostites,
De rhumatismes en tendinites, au volant d'un fauteuil roulant.

Ses derniers milles furent décadents, l'alcool boursouffla sa bédaine
Il radotait à grande peine sur ses prouesses d'un autre temps.

Tu as abusé de ton corps
Ça t'a mené droit à la mort
Dort mon Jean-Guy, dort
Tu a scellé ton sort

Il n'y a rien d'immuable, la gloire est biodégradable.



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